Pour une démocratie directe

Épisode 7 : La démagogie

Le patriotisme

Un autre truc qui marche énormément niveau démagogie et manipulation, c’est le patriotisme.

Si vous suivez, même vaguement, l’actualité politique, vous aurez peut-être remarqué que le patriotisme était à la mode depuis pas mal de temps (même si ça empire) : les drapeaux tricolores partout, la Marseillaise dans les salles de classe, le gouvernement qui veut imposer son Service National Universel, et plus généralement, l’ensemble de la classe politique qui se revendique de la « patrie » (y compris les partis plus ou moins étiquetés à « gauche », sous prétexte qu’il ne faudrait pas « laisser les symboles nationaux à l’extrême-droite »).

Hé bien si tou·te·s les politicien·ne·s aiment à ce point la patrie, c’est parce que c’est un super outil de manipulation des foules pour les démagogues : ça permet à la fois de flatter l’auditoire, de faire taire les critiques, et de faire obéir les gens, donc c’est très pratique. Du coup on va essayer de voir un peu comment ça marche, pourquoi le patriotisme séduit, et comment il fonctionne.

Le patriotisme, c’est de la flatterie

Alors déjà, première chose, pour manipuler les gens efficacement, un grand classique c’est de commencer par les flatter.

La flatterie c’est un truc vieux comme le monde, utilisé par tou·te·s les courtisan·e·s, démagogues, et autres charlatans, et c’est facile de comprendre pourquoi : dire des trucs agréables à entendre, faire que votre public se croie plus beau, plus fort et plus intelligent, ça fait que les gens vont vous apprécier, et vont aimer vous écouter. Un public qui se sent flatté, non seulement vous appréciera d’autant plus parce que vous le flattez, mais en plus croira que vous le respectez, et pensera donc d’autant moins que vous le manipulez ou que vous allez le trahir. Du coup le public se méfiera beaucoup moins de vous et de ce que vous lui direz, et ce sera bien plus facile de l’amener où vous voulez.

Le problème, c’est que, si la flatterie est trop évidente, elle ne marche pas (ou beaucoup moins), parce qu’on va se rendre compte que c’est fait par intérêt.

Imaginez un·e candidat·e, dans un discours, qui dise à son public : « Oh là là vous qui êtes là dans cette salle avec moi et qui votez pour moi, qu’est-ce que vous êtes beaux·belles, qu’est-ce que vous êtes intelligent·e·s, qu’est-ce que vous êtes fort·e·s ! Qu’est-ce que vous sentez bon sous les bras ! Vivent celleux qui votent pour moi et vive moi. » Bon, ça marcherait pas trop, d’accord ? Pourquoi est-ce que ça marcherait pas ? Parce que c’est trop évident, et que du coup le public va probablement se rendre compte que la·le candidat·e n’en pense pas un mot, et qu’iel dit tout ça juste pour que les gens votent pour lui, et du coup le public va se méfier.

Bon là j’ai caricaturé un peu hein, c’est rarement aussi évident, mais vous avez l’idée : pour que la flatterie soit efficace, il faut pas que le public se rende compte qu’on le flatte !

Il faut donc trouver des moyens de flatter de manière détournée, de manière indirecte.

Et donc une technique classique et qui marche à peu près tout le temps pour flatter de façon détournée, c’est de faire l’éloge d’un truc auquel les gens s’identifient. Par exemple la patrie (ou la nation, c’est pareil).

Pourquoi ? Eh bien parce qu’on s’identifie (plus ou moins consciemment) à la « patrie », au pays dans lequel on vit, c’est à dire dans notre cas, à la France. Et donc quand on entend quelqu’un dire (par exemple) que la France est grande, qu’elle a « accompli de grandes choses », qu’elle a telle belle réussite à son actif, ça nous fait plaisir : c’est un peu nous mêmes qui avons accompli ces grandes choses. Pareil quand on entend quelqu’un qui célèbre les supposées « valeurs » de la France, son « rayonnement » à l’international, donc l’idée qu’elle serait reconnue et respectée par les autres pays, etc. c’est aussi agréable à entendre, parce que c’est un peu nous qui rayonnons, c’est nous qui sommes respecté·e·s ou admiré·e·s à l’international.

Et c’est ça le but, évidemment, de faire en sorte que le public se sente flatté.

Pourquoi s’identifie t-on au pays ?

Il y a énormément de choses qui font qu’on s’identifie au pays dans lequel on vit (surtout si on a la nationalité bien sûr, mais ces discours s’adressent en priorité à celleux qui ont la nationalité, vu que les autres n’ont pas le droit de vote de toute façon) :

Donc que ce soit conscient ou pas, il y a énormément de trucs qui sont faits pour nous faire nous identifier à « notre » pays dans la société. C’est un peu obligé qu’on ait tout ça, parce que les marketeux·ses, comme les journalistes, ont compris elleux aussi l’intérêt de flatter le·la consommateur·trice pour vendre (ou le public, pour faire de l’audimat), et tout ça profite du patriotisme pour générer des profits et séduire la·le consommateur·trice, tout en nourrissant aussi ce même patriotisme au passage.

Bref tout est fait pour qu’on s’identifie au pays.

Faire l’éloge de la « patrie » pour flatter celleux qui s’y identifient

Donc le fait qu’en s’identifie à son pays sort pas de nulle part, plein de trucs nous y encouragent, et c’est pour ça que les démagogues en profitent et font tou·te·s l’éloge de la patrie, parce que le but au final est toujours le même : flatter l’auditoire pour en obtenir quelque chose.

Quand le premier ministre Édouard Philippe loue les « principes » de la France, ses « traditions », les supposées qualités de son peuple, qui serait « passionné, généreux, capable des plus grandes audaces humaines », hé ben c’est juste ça, de la flatterie. En fait, Édouard Philippe dit en fait à son public, à l’auditoire, à l’électorat : « vous qui m’écoutez, vous êtes passionné, généreux, capable des plus grandes audaces humaines ». Alors effectivement, dit comme ça, on voit tout de suite mieux le côté pompeux et ridicule, d’où l’intérêt de le dire de façon détournée, en disant que c’est « la France » et « les français·es » en général qui seraient passionnés-généreux-des-audaces-humaines, voyez.

Pareil quand Marine Le Pen vante la supposée grandeur de la France, nous explique qu’il faudrait être fièr·e d’être français·e, quand elle vante l’histoire prétendument « glorieuse » de la France, les supposés « héros français », etc., c’est encore ça : de la flatterie. Ici aussi, elle dit juste : vous, mon électorat, vous êtes glorieux, vous êtes des héros, je vous aime, votez pour moi.

Et c’est pour ça que le patriotisme est tellement universel dans toute la classe politique, y compris chez des partis qui se prétendent de « gauche », comme la France insoumise (par exemple) : parce que ça permet de flatter l’auditoire pour mieux le manipuler, mais le flatter de façon détournée et plus subtile que si la flatterie était faite directement.

Alors il y a des variantes, hein, on peut aussi flatter avec d’autres trucs que la patrie : quand on entend l’éloge de la « culture européenne » ou de la « civilisation » occidentale, par exemple, ou encore de la religion avec les fameuses « racines chrétiennes » de la France, etc. ça revient au même, et l’idée est à chaque fois de flatter l’auditoire en faisant l’éloge d’un truc auquel il s’identifie (même si le public n’est pas toujours exactement le même selon ce dont on fait l’éloge). Ça marche aussi à plus petite échelle, comme la région, avec le régionalisme et le marketing régional par exemple : « vous êtes spécial·e, votre région, elle a du caractère », etc.

Ça marche également avec le parti politique d’ailleurs, pour les gens qui sont membres d’un parti ou sympathisant·e·s : tou·te·s les candidat·e·s vont par exemple toujours flatter leurs sympathisant·e·s et militant·e·s qui font campagne pour elleux : « Cette campagne, c’est la vôtre ! Cette victoire qui nous tend les bras, ce sera la vôtre ! ».

Évidemment c’est faux, hein. La victoire, c’est les élu·e·s qui en bénéficient, et puis les militant·e·s qui ont fait la campagne, ils auront que dalle, ou au mieux un sourire et quelques félicitations, et à dans cinq ans. Mais bien sûr on va pas leur dire ça : on va leur dire qu’iels font partie d’un truc glorieux et grandiose, et que c’est elleux qui auraient « gagné » quand le parti remportera l’élection.

Donc flatter son public, flatter l’électorat de façon détournée, en faisant l’éloge d’un truc auquel les gens s’identifient, ça marche avec plein de trucs, mais la patrie / nation, c’est super pratique pour ça, parce que c’est un truc abstrait et pas vraiment défini, mais auquel beaucoup de gens sont habitué·e·s à s’identifier, et qu’iels sont conditionné·e·s par la société à apprécier.

La patrie pour effacer la classe

La patrie, c’est aussi bien pratique pour effacer la division de classe.

Il ne faudrait surtout pas risquer que les pauvres deviennent solidaires entre eux. Imaginez le danger si les Français·es pauvres se rendaient compte qu’iels sont dans le même bateau que les Allemand·e·s pauvres, les Polonais·es pauvres, les Grecs·ques, les Chinois·es, les Algérien·ne·s pauvres, etc. ? Imaginez que tous ces gens-là se rendent compte qu’iels vivent dans des conditions de vie proches, qu’iels sont exploité·e·s à peu près de la même façon, par les mêmes patron·ne·s ? Imaginez qu’iels se rendent compte qu’iels sont victimes des mêmes injustices, de la même mise en concurrence des travailleurs·euses pour faire baisser les salaires et augmenter les profits ? Iels risqueraient d’avoir envie d’être solidaires entre eux, de s’unir ; iels risqueraient de refuser de se taper dessus et de refuser de jouer le jeu de la concurrence et du capitalisme, mais au contraire de s’unir contre leurs exploiteurs·euses !

Il faudrait surtout pas que ça arrive !

Alors en faisant en sorte que les gens s’identifient avant tout à leur pays, plutôt qu’à leur classe sociale, on évite cette dangereuse solidarité. Et en fait ça marche très bien : on est tellement habitué·e·s à s’identifier à notre pays qu’on va instinctivement se sentir plus proches d’autres Français·es (même de parfait·e·s inconnu·e·s) que de n’importe quel·le étranger·e (ce qui est évidemment absurde quand on y réfléchit). Mais ce réflexe de « solidarité nationale » est tellement ancré en nous que dès qu’on nous annonce une catastrophe naturelle par exemple, ou une prise d’otage à l’autre bout du monde, et qu’on cite le nombre de victimes, on n’oubliera jamais de nous préciser « dont tant de français·es », comme si l’événement en devenait plus grave, nous impliquait plus.

Et donc cette « solidarité nationale », c’est ce qui va faire qu’on va instinctivement avoir plus de sympathie pour un patron·ne français·e que pour un·e travailleur·euse étranger·e, alors pourtant que la·le premièr·e nous exploite, et la·le deuxième est exploité·e comme nous. Tout ça nous conditionne à ce qu’on ait de la sympathie pour les entreprises françaises, vu qu’elles font (supposément) « marcher l’économie » de notre beau pays, et donc de la sympathie pour les patron·ne·s français·es qui « réussissent ».

Un bon exemple de ça c’est la façon dont les médias commentent l’évolution des grandes fortunes françaises, et nous les présentent toujours comme des réussites françaises, dont on devrait limite être fièr·e·s. Encore récemment, BFMTV titrait « Bernard Arnault devient le premier Français dont la fortune dépasse les 100 milliards de dollars », ce qui donne l’impression qu’un Français aurait accompli un exploit, battu un record en quelque sorte, et c’est d’ailleurs confirmé par un certain nombre de commentaires en dessous de gens qui trouvent ça formidable. Sauf que, évidemment, qu’un bourgeois français possède autant de fric, ça n’apporte rien à la collectivité, et en vrai ça n’a absolument rien de formidable, et c’est au contraire choquant : c’est juste un symptôme de la répartition incroyablement injuste des richesses dans ce pays et dans le monde, qui devrait indigner toute la population. Mais le patriotisme essaye de nous faire passer ça pour un truc positif dont on devrait être fièr·e·s.

Le patriotisme, c’est donc un super truc pour celleux qui défendent la fiction d’une « collaboration de classes » (les travailleurs·euses et les patron·ne·s ne se combattant surtout pas, mais au contraire uni·e·s pour faire fonctionner l’« économie »). C’est très pratique pour faire oublier que les patron·ne·s et les travailleurs·euses ont des intérêts qui s’opposent à cause de leur position sociale de patron·ne ou de travailleur·euse, et que les exploité·e·s ont toujours intérêt à s’unir pour mettre fin à ça.

D’ailleurs c’est très souvent au nom de la bonne santé économique de cette fameuse patrie qu’on nous demande de bosser, hein, travaillez donc pour faire fonctionner l’« économie française », vous serez bien gentil·le·s. Bizarrement on nous dit jamais « travaillez pour enrichir la bourgeoisie française », alors que en pratique c’est bien pour ça qu’on travaille. Et d’ailleurs c’est peut-être pas tout à fait un hasard si les mots « travail » et « patrie » se retrouvaient côte à côte dans la même fameuse devise du régime de Vichy : la patrie, elle est aussi là pour nous faire produire, pour nous faire générer des profits pour le patronat.

La patrie, pour faire taire toute contradiction

Un autre avantage de la patrie, c’est que tant que les gens s’identifient à la patrie, iels vont être prêt·e·s à la défendre à tout prix, et ça c’est bien pratique pour faire taire les gens qui sont pas d’accord.

Ce n’est pas pour rien que les réactionnaires, fafs, et autres « patriotes » de tous poils tiennent tant à la fable du prétendu « rôle positif » de la colonisation par exemple : iels ne peuvent pas admettre que leur précieuse patrie, à laquelle iels s’identifient, aurait pu commettre des crimes atroces et massacrer des populations entières dans le seul but de piller d’autres pays (pour enrichir, ici encore, la bourgeoisie nationale). Il leur faut à tout prix trouver des prétextes, des explications, des circonstances atténuantes, et des aspects supposément « positifs » à ce que leur « patrie » a fait, car si elle était faillible, si elle était criminelle, quel sens est-ce que ça aurait de la suivre et de la vénérer ? Aucun, évidemment. Leur monde entier s’effondrerait, ce qui fait leur « fierté » n’aurait plus de valeur !

D’ailleurs une bonne partie de la puissance, de la richesse, et du « rayonnement » actuel de la France (et des pays occidentaux) vient de la colonisation en fait, du pillage des pays colonisés pendant des siècles, jusqu’au soutien (actuel) à des dictateurs en échange des ressources naturelles de leurs pays. Donc à partir du moment où on admet ce qu’était vraiment la colonisation, on est obligé·e d’admettre aussi que la prospérité économique actuelle de notre pays, sixième puissance économique mondiale (ce qui est aussi un motif de fierté pour les « patriotes ») est (aussi) illégitime, en fait : c’est juste le fruit de pillages et de vols.

Donc les « patriotes » ne peuvent pas, et iels ne pourront jamais admettre tout ça, c’est pas possible pour elleux. Parce que la patrie, c’est comme une partie d’elleux-mêmes, en fait. Donc si la patrie fait quelque chose : il y a forcément une raison, il faut forcément qu’il y ait une raison. Et si vous critiquez la patrie ou le patriotisme, les « patriotes » prendront ça aussi comme des attaques personnelles, parce que dans leur tête, c’est comme si vous les critiquiez elleux, et donc iels réagiront comme s’iels étaient personnellement attaqué·e·s.

C’est pour ça que, quoi que cette « patrie » fasse ou exige, les « patriotes » vont toujours la suivre et la défendre, même si ça va contre d’autres peuples, même si ce sont des crimes de masse ou des guerres, et les gouvernements en profitent, évidemment. C’est comme ça que des lanceurs·euses d’alerte comme Chelsea Manning, Edward Snowden, ou autre, se voient accusé·e·s tout à fait sérieusement d’être des « traîtres·ses » à leur patrie parce qu’iels ont dénoncé des violations massives de la vie privée ou de droits humains, des crimes, ou de la torture, commis par les autorités de leur propre pays ! Vous voyez, c’est bien pratique tout ça, parce qu’une fois que vous avez étiqueté des gens comme des « ennemis » de la patrie, vous allez pouvoir déchaîner la haine contre eux et décrédibiliser ce qu’iels font.

On pourra utiliser ça par exemple contre les syndicalistes qui font grève, alors que leur devoir ce serait de travailler pour faire fonctionner l’économie française, est-ce que c’est pas un peu des traîtres à la patrie ? Et je n’exagère même pas. Vous vous rappelez les grévistes d’Air France qui avaient osé bousculer des dirigeants de leur compagnie responsables de milliers de licenciements, et arracher leurs chemises ? Hé bien ça avait donné, oh là là rendez-vous compte, une très mauvaise image de la France à l’étranger ! Voilà comment le patriotisme permet d’étiqueter comme ennemis des gens qui se défendent simplement contre la violence du capitalisme. Du coup ça justifiera ensuite qu’on réprime les grèves avec violence, voyez ?

Donc les gens qui se sentent « patriotes » vont toujours être prêt·e·s à sauter à la gorge de tou·te·s celleux qui critiquent la patrie, et de n’importe qui qu’on aura étiqueté·e·s comme « ennemi·e·s » de cette patrie. Et du coup, ces « patriotes » vont aussi se retrouver à défendre le gouvernement et avec les institutions de l’État, même quand ces institutions commettent des crimes (ce qui arrive tout le temps), parce que ces institutions, ben, c’est un peu elles la patrie, finalement.

Et les gouvernements en profitent évidemment, et font tout pour encourager ça, d’abord en encourageant le patriotisme autant qu’iels peuvent, parce que plus de patriotisme ça veut dire plus de soumission en général à ce que l’État exige, et donc à ce que le gouvernement exige. Mais aussi les gouvernements se cachent derrière la patrie à chaque fois qu’iels veulent faire passer des mesures dégueulasses. Rappelez-vous du « PATRIOT Act » de Bush, une loi faite sous prétexte de lutter contre le terrorisme, mais qui a surtout bien renforcé la surveillance de masse et réduit encore les libertés publiques… ben hop, l’emballage c’est du bon gros patriotisme bien dégoulinant et pas du tout subtil.Et puis c’est pas qu’aux États-Unis hein. En France on a exactement les mêmes, quand on veut faire taire les critiques et faire passer des mesures liberticides (par exemple l’état d’urgence, ou le rétablissement progressif du service militaire avec le SNU de Macron & co.), hé ben on va vous vendre tout ça avec un emballage nationaliste, parce que ça passera beaucoup mieux.

Voilà comment le patriotisme sert à faire passer des mesures liberticides, et à faire taire les voix discordantes.

La patrie, ça fait obéir

Un autre truc génial avec la patrie, c’est que ça fait obéir. Quand la « patrie » exige un truc, il faut le faire sans se poser de questions. La patrie exige qu’on travaille ? Vous travaillez. La patrie exige que vous enfiliez des habits militaires et que vous alliez obéir à tous les ordres qu’on vous donnera ? Vous obéissez.

C’est très pratique pour ça la patrie.

Mais rien que de dire que ce serait la « patrie » qui « exigerait » tout ça, c’est déjà une arnaque et un mensonge en fait. Ce n’est pas la « patrie » qui a pris toutes ces décisions, elle ne peut pas prendre de décisions en fait la « patrie », parce que c’est une entité abstraite.

Donc ces décisions elles ont été prises par des êtres humains, par des gens, qui sont pas du tout abstrait·e·s. Plus précisément, ces décisions, elles sont prises par des femmes et des hommes (les gouvernant·e·s) qui défendent des intérêts, qui défendent leurs intérêts, et ceux de la bourgeoisie.

Sauf que ça, il vaut mieux essayer de le faire oublier.

Parce que même les soldat·e·s les mieux conditionné·e·s peuvent avoir des réserves sur le gouvernement en place, la classe politique, les ministres, les élu·e·s, etc. Même les soldat·e·s les mieux conditionné·e·s savent plus ou moins consciemment que tous ces gens qui nous gouvernent sont pas tout à fait honnêtes et désintéressé·e·s.

Par contre iels n’ont pas de réserves face à la patrie : par définition, on l’a vu, la patrie n’a que des bons côtés, elle est infaillible. Alors quand on veut faire obéir les gens, on ne leur dit pas qu’iels servent le gouvernement, ou pire, qu’iels servent tel ou tel ministre ; on ne leur dit pas qu’iels se battent pour les intérêts de la classe dominante, que les puits de pétrole ou les mines d’uranium qu’iels vont aller sécuriser, que les dictateurs qu’iels vont aller soutenir, tout ça, c’est pour garantir les profits la bourgeoisie française.

Non, hein, surtout pas.

On leur dit qu’iels servent « la patrie ».

Du coup, iels ont pas l’impression de servir quelque chose pour lequel iels ont des réserves (le gouvernement et les salaud·e·s qui le composent…) mais plutôt un truc abstrait qu’ils ne questionneront jamais et qu’iels vénèrent.

Donc la patrie, la nation, ça sert à anesthésier l’esprit critique. Ça vous garantit en quelque sorte que les gens vont vous obéir.

Et c’est pour ça que tant de démagogues se cachent derrière la patrie : rassurez-vous, ce n’est pas mes petits intérêts personnels que vous servez en obéissant à ces ordres, c’est la patrie, c’est pour la grandeur de la France ! C’est la patrie qui a besoin de vous (pour faire ma campagne, voter pour moi, obéir à mes ordres, pour aller massacrer ou vous faire massacrer).

L’idée patriotique est à combattre

Bref, le discours patriotique présente sûrement plein d’autres avantages que j’oublie pour la classe dominante, mais une chose est sûre : il ne servira jamais notre camp. C’est pour ça que quand on entend des gens de gauche ou prétendument de gauche dire qu’il faudrait « reprendre » les symboles nationaux à l’extrême-droite, c’est toujours, au mieux une erreur, au pire une arnaque et un prétexte pour faire aussi du patriotisme et aller flatter (aussi) l’électorat de la même façon que l’extrême-droite le fait, et ça n’est jamais de gauche.

La patrie est une fiction dangereuse qui sert à manipuler les foules et à les faire obéir, et à monter les exploité·e·s les un·e·s contre les autres, là où iels auraient intérêt à s’unir contre leurs exploiteurs·euses. Les gens de gauche ne devraient certainement pas entretenir le réflexe patriotique, mais au contraire le dénoncer et expliquer pourquoi il est dangereux pour notre classe.