Pour une démocratie directe

Épisode 2 : Les médias et l’élection

Le sexisme des médias

Pareil pour le sexisme, il suffit de regarder la complaisance médiatique pour les hommes célèbres accusées de viols ou d’agressions sexuelle pour se rendre compte du parti pris. Quand on apprend qu’une personnalité connue a commis un ou des viol(s) par exemple, ça va être minimisé sous tout un tas de prétextes, et ramené à une affaire de mœurs ou qui concernerait juste sa vie privée (affaire DSK), ou parce que c’était il y a longtemps et que le mec a du talent (Polanski).

En fait les seuls moments où les médias font semblant de dénoncer le sexisme, c’est quand ça leur permet de taper sur les musulmans, mais sinon ils sont ultra complaisants. On va notamment jamais entendre parler de sexisme dans les lieux de pouvoir, comme à l’Assemblée nationale, où le harcèlement et les agressions sexuelles sont pourtant tellement banales que les femmes qui y travaillent sont obligées de se prévenir les unes les autres pour savoir quels sont les pires prédateurs à éviter, et avec qui il vaut mieux pas rester seule dans un ascenceur… Eh bien ce sexisme là des lieux de pouvoir, sera presque jamais évoqué ou dénoncé par les grands médias.

À côté de ça, il y a au contraire une complicité médiatique par rapport à diverses initiatives réactionnaires et masculinistes. En mars 2017, le journal de France 2 avait par exemple fait un reportage ultra complaisant sur un camp masculiniste catholique, en non-mixité masculine donc (mais on s’en fout parce que c’est pas des musulmans), camp qui entraînait les hommes à « réaffirmer leur virilité » (je cite) et dont un organisateur expliquait quand même tranquillou à l’antenne que les hommes devaient avoir un rôle de guide par rapport aux femmes, qui elles étaient censées s’occuper de la maison.

Autre exemple encore, la plupart des médias ont aussi été très complaisants vis à vis des associations de masculinistes type SOS Papa, qui sont en gros des associations de pères qui se prétendent lésés par la justice et réclament plus de droits sur leurs enfants, et vont par exemple faire parler d’eux en montant sur des grues et en s’y retranchant. Sauf que ces associations sont en réalité très réactionnaires et misogynes, et défendent souvent des pères violents à qui la garde a été refusée pour des bonnes raisons. Le père qui était monté sur une grue à Nantes en 2013 par exemple, c’est quand même un mec qui avait fait de la prison pour avoir enlevé son propre fils deux fois, mais ça a pas empêché la plupart des médias de donner des tribunes aux représentants de ces associations, et de les présenter comme des victimes.

Un autre truc qui illustre bien le sexisme, c’est le traitement médiatique de la journée du 8 mars. Le 8 mars, pour rappel, c’est quand même censé être une journée de lutte pour des droits, puisque normalement, le 8 mars, c’est la « Journée internationale des droits des femmes » : une journée où les femmes revendiquent le droit à l’IVG partout, l’égalité salariale des femmes avec les hommes, une journée de lutte contre les violences sexistes, etc. Eh bien le 8 mars, passé par la moulinette médiatique, devient la « journée de la femme », un truc complètement dépolitisé, où on va célébrer la féminité et mettre en avant de nombreuses initiatives ultra-sexistes, avec des promos sur le rouge à lèvre et sur les aspirateurs… donc le contraire absolu de ce que c’était au départ, et surtout pas une journée de revendications.

Il s’est passé à peu près la même chose face aux mouvements de libération de la parole #MeToo et #BalanceTonPorc, des campagnes de témoignages sur les agressions sexuelles et le harcèlement sexuel, qui ont eu lieu fin 2017. Pour rappel, à la suite de l’affaire Weinstein, où le producteur de cinéma américain Harvey Weinstein a été accusé d’agressions sexuelles et de viols par de nombreuses femmes, des milliers de femmes dans le monde ont commencé à prendre la parole et à témoigner sur les réseaux sociaux de violences sexuelles qu’elles avaient subi, en utilisant donc les mots-clés #MeToo (à l’international) et #BalanceTonPorc (en France). Ce mouvement de libération de la parole a montré à nouveau que les violences sexuelles étaient banales dans nos sociétés, et pas du tout exceptionnelles, que c’était un phénomène à grande échelle, et a montré aussi à quel point le sujet était tabou, et à quel point il était difficile pour les femmes victimes d’en parler. Eh bien les réactions médiatiques à cette libération de la parole, ça a été de tenter de décrédibiliser ces témoignages et d’en atténuer autant que possible l’impact. Déjà, pour commenter ce sujet qui concerne les femmes, les médias ont, surprise ! donné la parole principalement à des hommes (et surtout à des réactionnaires d’ailleurs, qui ont été invités partout), et les commentaires étaient à peu près tous en mode : « OK c’est bien que la parole se libère, mais pas comme ça ». C’était pas la bonne méthode, c’était stigmatiser les hommes, c’était une « chasse aux sorciers », ça revenait à juger sans procès, c’était même de la « délation » (ce qui veut dire une dénonciation intéressée quand même…), et les plus indécents ont carrément osé comparer ça à la délation des Juifs sous Vichy (alors qu’on parle ici de dénoncer des violeurs et des agresseurs pour mettre fin à leur impunité et empêcher qu’ils fassent d’autres victimes). D’après ces commentateurs éclairés, les femmes auraient dû plutôt passer par la police et la justice par exemple, et porter plainte, plutôt que de dénoncer ça sur internet. Sauf que justement, la justice et la police sont elles-même très souvent sexistes, remettent en cause la parole des victimes (et c’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles tant de victimes portent pas plainte). Après il existe de nombreux autres obstacles pour porter plainte, vu le sexisme de la société en général, mais ça a pas empêché les commentateurs médiatiques de faire la leçon aux femmes en boucle. On a aussi eu droit à pas mal de culture du viol bien grasse, comme quoi ce serait dans la nature masculine de harceler et d’agresser, en fait les femmes aimeraient qu’on insiste et qu’on leur force un peu la main, ou encore, que si on commence à dénoncer les agresseurs plus aucun homme osera draguer. Je vais pas tout citer ce serait trop long (et trop sale), l’idée c’est simplement que les médias ont tout fait, et feront tout ce qu’ils peuvent, pour bâillonner celles qui tentent de prendre la parole, et en fait pour éviter que les violeurs ou agresseurs en général aient un jour à rendre des comptes.

Bref pour résumer, énormément de sexisme à la télévision et dans les médias en général. Ici encore on donne la parole à des réactionnaires en boucle pour remettre en cause les droits des femmes, et protéger le patriarcat, mais presque jamais à des féministes pour se défendre et défendre leurs droits.

Il y a aussi pas mal d’homophobie (par exemple chez Hanouna, ou la complaisance médiatique générale avec LMPT), il y a aussi de la transphobie (chez Ruquier notamment), du validisme (avec le Téléthon…), et certainement d’autres oppressions que j’oublie et que les médias entretiennent, mais je pense que vous avez l’idée : le discours médiatique va toujours dans le même sens, tout simplement parce que, comme on l’a vu, ceux qui décident de la ligne éditoriale de ces médias, et ceux à qui on donne principalement la parole, ont intérêt à préserver les rapports de domination de la société.